Le rapport du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, daté du 1er octobre 2026, confirme un tournant majeur dans le processus politique sur le Sahara. Un an après l’adoption de la résolution 2797, la proposition marocaine d’autonomie s’impose désormais comme la base des négociations entre les différentes parties.
Il y a un an, l’ONU décrivait encore un processus politique à l’arrêt, tandis que le Maroc attendait que son initiative d’autonomie puisse devenir l’aboutissement de la négociation. Le rapport du Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, daté du 1er octobre 2026, témoigne d’un changement majeur : l’autonomie marocaine constitue désormais la base des discussions, tandis que les quatre parties au dossier se retrouvent autour de la même table.
Le rapport S/2026/781 constitue le premier bilan officiel des onze mois ayant suivi cette résolution. Il n’a pas la portée juridique d’une décision du Conseil de sécurité, mais rassemble, sous l’autorité du Secrétaire général, les principaux développements intervenus depuis novembre 2025.
Le document décrit un contexte profondément renouvelé. Les rapports précédents faisaient régulièrement état d’un processus politique bloqué, d’un Envoyé personnel limité à des consultations bilatérales et d’un cessez-le-feu rompu depuis novembre 2020. Les dernières négociations directes remontaient aux tables rondes de Genève, en 2019.
Pendant cette période, le Maroc avait obtenu d’importants soutiens bilatéraux à son initiative d’autonomie, mais celle-ci demeurait qualifiée à l’ONU de proposition « sérieuse et crédible », parmi les options envisagées. L’objectif de Rabat consistait précisément à faire de l’autonomie le socle du processus politique.
L’adoption de la résolution 2797 a profondément modifié ce cadre. Selon Guterres, elle a donné un « nouvel élan » aux efforts de Staffan de Mistura. Le rapport consigne ainsi la reprise, après plusieurs années, de trois cycles de négociations directes entre le Maroc, le polisario, l’Algérie et la Mauritanie : à Washington les 18 et 19 janvier, à Madrid les 8 et 9 février, puis à nouveau à Washington les 23 et 24 février 2026.
Le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie étaient représentés par leurs ministres des Affaires étrangères. Les discussions étaient coprésidées par Staffan de Mistura et l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Michael Waltz, avec l’appui de Massad Boulos, conseiller du président américain. Washington apparaît ainsi comme un acteur directement associé à la dynamique de négociation.
Le passage le plus significatif du rapport réside dans une formulation qui marque une évolution substantielle du cadre onusien : les discussions ont été engagées « en prenant comme base la proposition marocaine d’autonomie », conformément à la résolution 2797.
Le déroulement des négociations confirme cette évolution. Lors du cycle de janvier à Washington, le Maroc a présenté une version développée de son initiative d’autonomie de 2007 et remis aux coprésidents ainsi qu’aux autres parties un projet de « statut d’autonomie », destiné à alimenter les discussions.
Le vocabulaire du processus a lui aussi évolué. À la logique du référendum et de l’indépendance défendue jusqu’alors par le polisario s’ajoutent désormais des notions liées à l’autogouvernement, à la sortie du conflit et à une éventuelle période de transition. L’ONU et les États-Unis ont par ailleurs élaboré un projet d’accord-cadre relatif à cette phase, depuis révisé par l’Envoyé personnel.
Le rapport ne précise toutefois pas l’origine exacte de la proposition d’un Conseil de transition ni celle du projet d’accord-cadre. Dans ses conclusions, Guterres reprend néanmoins la formulation de la résolution 2797, estimant qu’une autonomie véritable « pourrait représenter la solution la plus réalisable ».
Le document relève également un effet d’entraînement diplomatique. L’Union européenne a actualisé sa position commune en janvier 2026 en indiquant que les négociations doivent prendre pour base la proposition marocaine. La Suède et la Suisse ont rejoint les soutiens au plan d’autonomie, tandis que Madagascar, le Canada et le Japon ont réitéré leur appui. Le Mali et le Honduras ont suspendu leur reconnaissance de la « rasd », tandis que la Bolivie a suspendu ses relations diplomatiques avec cette entité.
Parallèlement, Staffan de Mistura et le HCR ont proposé l’organisation de visites volontaires de réfugiés des camps de Tindouf à Laâyoune et Dakhla, afin de leur permettre de s’informer directement des conditions sur place et du contenu du plan d’autonomie. La proposition a été cosignée par l’ambassadeur américain, tandis que le polisario s’est déclaré prêt, le 14 septembre, à coopérer avec le HCR pour sa mise en œuvre.
La configuration actuelle apparaît ainsi particulièrement favorable au Maroc. Le rapport rappelle toutefois que toute proposition devra être soumise à une consultation des populations, avec la possibilité de l’accepter ou de la rejeter librement. La souveraineté et l’autodétermination demeurent par ailleurs parmi les questions « les plus controversées » et doivent faire l’objet de discussions séparées avec les parties.
Le Conseil de sécurité doit enfin se prononcer fin octobre sur la prorogation du mandat de la MINURSO, que Guterres recommande jusqu’au 31 octobre 2027.
En l’espace d’un an, le centre de gravité du débat s’est donc déplacé : au-delà de l’opposition entre autonomie et référendum, les discussions s’orientent désormais vers les modalités concrètes d’une éventuelle mise en œuvre de l’autonomie.

