Confronté à une crise sociale et économique qui ne cesse de s’aggraver, le président bolivien Rodrigo Paz a présenté mercredi un projet de loi destiné à renforcer les prérogatives des forces armées en cas de manifestations et de barrages routiers. Cette initiative intervient alors que le pays est paralysé depuis plus d’un mois par un vaste mouvement de contestation qui réclame désormais le départ du chef de l’État.
Initialement mobilisés pour dénoncer la détérioration de la situation économique, paysans, mineurs, ouvriers, enseignants et transporteurs ont progressivement radicalisé leurs revendications. Les blocages de routes, qui se multiplient à travers le territoire, provoquent d’importantes perturbations dans l’approvisionnement des principales villes du pays.
À La Paz, siège du gouvernement, les conséquences de cette paralysie sont particulièrement visibles. Des centaines d’habitants ont fait la queue pendant plusieurs heures pour acheter du poulet vendu par la municipalité, tandis que les prix de la viande et de certains légumes ont fortement augmenté. Les pénuries affectent également les carburants, poussant certains automobilistes à passer la nuit devant les stations-service afin de conserver leur place.
Selon les autorités, les blocages ont déjà eu des conséquences dramatiques. Sept personnes seraient décédées après avoir été privées d’un accès rapide aux soins médicaux. Les établissements de santé sont également sous pression, au point que le gouvernement régional de La Paz a décrété l’état d’urgence sanitaire dans ses centres hospitaliers.
Tout en réaffirmant sa volonté de privilégier le dialogue, Rodrigo Paz a évoqué la possibilité d’une intervention de l’armée pour rétablir la circulation, qualifiant une telle opération d’« humanitaire ». Le projet de loi transmis au Parlement vise à encadrer un éventuel état d’exception et à renforcer, dans ce contexte, l’action des forces armées.
L’opposition à cette perspective demeure toutefois forte. De nombreux citoyens redoutent une escalade des tensions et un recours à la force susceptible d’aggraver la crise. Le gouvernement accuse par ailleurs l’ancien président Evo Morales d’être à l’origine du mouvement de contestation, une accusation rejetée par ses partisans.

