Une délégation de responsables talibans est attendue à Bruxelles afin de participer à des discussions avec la Commission européenne consacrées à la question sensible du retour des ressortissants afghans n’ayant pas obtenu le droit d’asile.
Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre du durcissement de la politique migratoire de plusieurs États membres de l’Union européenne, suscite déjà une vive controverse auprès des organisations de défense des droits humains.
Les autorités belges ont confirmé avoir délivré cinq visas à des membres de la délégation des Talibans. Selon le ministère belge des Affaires étrangères, ces autorisations sont strictement limitées au territoire belge, et sont valables pour une seule journée.
Bruxelles n’a toutefois pas communiqué officiellement la date de la rencontre, invoquant des impératifs de sécurité. En revanche plusieurs sources indiquent que la délégation devait rejoindre la Belgique via la Turquie sans préciser la date.
Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, à la faveur du retrait des forces américaines d’Afghanistan, les talibans ne sont pas reconnus par l’Union européenne. Consciente de la sensibilité du sujet, la Commission européenne insiste sur le caractère exclusivement technique des échanges et souligne qu’ils ne constituent en aucun cas une reconnaissance politique du régime de Kaboul.
Le commissaire européen chargé des Affaires intérieures et de la Migration, Magnus Brunner, a récemment défendu cette approche, estimant qu’un dialogue pragmatique demeurait nécessaire pour traiter les questions migratoires. Selon l’exécutif européen, cette réunion s’inscrit dans la continuité de précédents contacts techniques engagés sur le terrain en Afghanistan.
Cette démarche est néanmoins dénoncée par plusieurs ONG. Human Rights Watch accuse notamment certains États européens d’adopter une position contradictoire en condamnant publiquement les atteintes aux droits fondamentaux commises par les talibans tout en coopérant avec eux sur les procédures de retour.
Selon les données européennes, près d’un million de demandes d’asile formulées par des ressortissants afghans ont été enregistrées dans l’Union entre 2013 et 2024.
Une vingtaine d’États membres de l’UE souhaitent désormais accélérer les mécanismes de retour des exilé&s afghans, en priorité ceux condamnés pour des infractions graves ou considérés comme présentant un risque pour la sécurité publique dans le pays d’accueil. Cette orientation continue toutefois d’alimenter un débat profond sur l’équilibre entre contrôle migratoire et respect des droits humains.

