La paralysie du détroit d’Ormuz bouleverse le commerce maritime mondial et redirige les flux vers le cap de Bonne-Espérance

La quasi-interruption du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz provoque un bouleversement rapide et profond des routes commerciales mondiales habituelles. Les compagnies maritimes évitent désormais les corridors du Golfe, privilégiant des itinéraires plus longs autour du cap de Bonne-Espérance, au sud du continent africain.

Cette situation fait suite aux frappes aériennes menées depuis le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran. En réaction, un conseiller du commandement des Gardiens de la Révolution islamique a annoncé la fermeture du passage maritime d’Ormuz et menacé les navires tentant de le franchir. L’UKMTO (United Kingdom Maritime Trade Operations-Les opérations commerciales maritimes du Royaume-Uni) a aussitôt relevé le niveau de risque maritime à «critique», tandis que plusieurs assureurs ont suspendu les couvertures de guerre dans la zone.

Selon les données du système de suivi maritime Windward, seulement sept navires ont traversé le détroit le 2 mars, puis quatre le lendemain, soit une chute d’environ 90 % par rapport à la moyenne récente. Les statistiques de MarineTraffic confirment une baisse similaire pour les pétroliers.

Les conséquences sur le trafic des unités de la marine marchande ont été immédiates incitant les grands groupes du transport maritime à suspendre le passage de leurs navires à travers le détroit d’Ormuz. 

Le géant allemand Hapag-Lloyd a indiqué maintenir le contournement par le cap de Bonne-Espérance (sud-ouest de l’Afrique du Sud), déjà adopté depuis les attaques des Houthis en mer Rouge fin 2023. 

Le groupe français CMA CGM a ordonné à ses navires présents dans le Golfe de se diriger vers des ports sûrs, suspendant également les passages par le canal de Suez. De son côté, Maersk a redirigé ses lignes reliant le Moyen-Orient, l’Inde, la Méditerranée et la côte est américaine vers la route africaine.

Au-delà du commerce maritime, l’enjeu énergétique est majeur. Environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole transite par le détroit d’Ormuz, dont une large part destinée aux marchés asiatiques. La perturbation prolongée de ce corridor stratégique pourrait donc accentuer les tensions sur les marchés du pétrole et du gaz naturel liquéfié, déjà fragilisés par les incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient et l’arrêt des exportations du Gaz qatari.