La crise institutionnelle qui secoue le Brésil connaît un nouveau rebondissement. Un juge de la Cour suprême a ordonné mardi la suspension provisoire du directeur de la Police fédérale (PF), Andrei Rodrigues, ainsi que du responsable du renseignement de l’institution, accentuant les tensions à moins d’un mois de l’élection présidentielle.
La décision, prise par le juge André Mendonça, intervient alors que la campagne électorale bat son plein. Le scrutin du 4 octobre doit notamment opposer le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans, à Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils aîné de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro.
Le gouvernement Lula devrait faire appel de cette décision d’ici mercredi, selon une source gouvernementale citée par des journalistes. La procédure pourrait ainsi prolonger le bras de fer institutionnel autour de la Police fédérale et de la Cour suprême.
La crise s’est amplifiée après la publication d’un rapport de police révélant des échanges entre le banquier Daniel Vorcaro, accusé d’être impliqué dans l’une des plus importantes fraudes financières présumées de l’histoire du pays, et le juge Alexandre de Moraes. Dans des messages datant de novembre 2025, le patron de Banco Master, depuis liquidé, aurait sollicité l’intervention du magistrat alors que l’enquête le visant se poursuivait.
Chargé du dossier Banco Master, André Mendonça a rendu public ce rapport et accuse désormais la Police fédérale d’avoir surveillé illégalement certaines de ses activités judiciaires. Il dénonce des rapports anonymes et techniquement contestables, qualifiant la surveillance dont il aurait fait l’objet de « très grave » et la comparant à l’univers dystopique de « 1984 », de George Orwell.
Alexandre de Moraes, figure centrale du camp progressiste, avait de son côté accusé son collègue d’« abus d’autorité », dans un contexte marqué par de profondes divisions au sein de la Cour suprême.
La décision de suspension a immédiatement provoqué des réactions politiques. Flavio Bolsonaro l’a saluée, tandis que des responsables proches de Lula ont appelé à préserver les institutions de toute instrumentalisation électorale. Onze responsables de divisions de la Police fédérale ont, pour leur part, proposé de quitter leurs fonctions, dénonçant des récits influencés par des intérêts politico-électoraux.

