Longtemps célébré dans la sphère familiale et au sein des communautés rurales, Yennayer, le Nouvel An amazigh, s’impose aujourd’hui comme un marqueur officiel et reconnu de l’identité marocaine. En entrant dans l’an 2976 du calendrier amazigh, le Royaume du Maroc consacre une mémoire ancienne et vivante, tout en réaffirmant que l’unité nationale s’est construite à travers la reconnaissance harmonieuse de toutes ses composantes culturelles.
Le Maroc ne se contente plus de célébrer une nouvelle année amazighe : il franchit une étape symbolique majeure en intégrant pleinement ce calendrier dans son référentiel national. Depuis 2024, Yennayer est officiellement inscrit parmi les fêtes nationales. Ce choix fort traduit une volonté claire de valoriser un héritage longtemps préservé par la tradition orale et les pratiques populaires, et de lui accorder une place centrale dans le paysage institutionnel du pays.
Cette reconnaissance s’inscrit dans l’esprit du préambule de la Constitution de 2011, qui définit le Maroc comme une Nation façonnée par la convergence de ses affluents arabo-islamique, amazigh et saharo-hassani, enrichis par les héritages africain, andalou, hébraïque et méditerranéen. Yennayer illustre concrètement cette vision constitutionnelle, en rappelant que la diversité culturelle constitue l’un des fondements de la cohésion nationale.
Ancré dans un calendrier agraire ancestral encore pratiqué dans certaines régions rurales, le calendrier amazigh est étroitement lié aux cycles de la nature, aux saisons et aux travaux agricoles. Si son origine exacte demeure difficile à établir en raison de la rareté des sources écrites, Yennayer reste avant tout un héritage vivant, façonné par des siècles de savoirs, de rites de protection et de croyances associées à l’abondance et à la fertilité.
Aujourd’hui, la portée de Yennayer dépasse largement le cadre culturel. Son intégration dans les symboles officiels de l’État, notamment à travers l’émission de billets commémoratifs comportant les caractères tifinagh, témoigne d’une volonté d’inscrire l’histoire plurielle du Maroc dans son présent institutionnel. Le Nouvel An amazigh devient ainsi un symbole d’inclusion, de continuité et de transmission.
Dans les foyers, Yennayer demeure avant tout un moment de partage et de transmission intergénérationnelle. Autour de l’Imensi n Yennayer, les plats traditionnels incarnent l’espoir d’abondance et de prospérité, tandis que les rituels et les gestes transmis aux enfants rappellent que la mémoire collective se perpétue par le vécu. En célébrant Yennayer, le Maroc affirme une vision résolument tournée vers l’avenir, faisant de sa diversité culturelle une richesse et de son héritage un puissant facteur d’unité nationale.

