La Turquie traverse une nouvelle crise politique majeure après la décision d’un tribunal d’Ankara de suspendre, la direction du Parti républicain du peuple (CHP), principale formation de l’opposition en Turquie.
Cette décision judiciaire entraîne la destitution du chef du parti, Özgür Özel et le retour à la tête du CHP de son ancien dirigeant, Kemal Kiliçdaroglu.
Le tribunal a déclaré « nul et non avenu » le congrès du parti organisé en novembre 2023, au cours duquel Özgür Özel avait été élu président du parti.
La justice a retenu les accusations d’irrégularités formulées par d’anciens membres du CHP, ouvrant ainsi la voie à la réintégration de Kemal Kiliçdaroglu, battu lors de ce congrès après avoir déjà échoué à l’élection présidentielle de juin 2023 face au président Recep Tayyip Erdogan.
Cette décision, sans précédent dans l’histoire politique récente du pays, suscite une vive controverse. C’est la première fois que la justice turque intervient directement pour remplacer la direction d’un parti politique, en particulier celle du parti fondé par Mustafa Kemal Atatürk, père de la République turque.
Le CHP dénonce un « acharnement judiciaire » orchestré par le pouvoir afin d’affaiblir l’opposition avant les prochaines échéances électorales. Le parti refuse de reconnaître la décision du tribunal et accuse les autorités de chercher à neutraliser ses principaux dirigeants après les succès enregistrés lors des élections municipales de 2024, où l’opposition avait infligé au pouvoir sa première défaite électorale majeure en près de vingt-deux ans.
Depuis plusieurs mois, les pressions judiciaires contre le CHP se sont intensifiées. Une vingtaine de maires du parti ont été emprisonnés en 2025, parmi lesquels Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et figure montante de l’opposition, considéré comme un potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle.
Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle décision judiciaire marque une escalade politique majeure et accentue les tensions entre le pouvoir du président Erdogan et une opposition déterminée à contester la domination de l’AKP avant le scrutin présidentiel prévu d’ici deux ans.

