La répression prend une ampleur systémique en Iran, où depuis le déclenchement du vaste mouvement de protestation fin décembre dernier, 50 235 manifestants ont été interpellés, selon le dernier bilan de l’ONG Human Rights Activists (Hrana).
Ce chiffre révèle l’étendue d’une campagne d’intimidation ciblant tous les pans de la société : adolescents, étudiants, écrivains, soignants, avocats et enseignants.
Les autorités de Téhéran justifient cette vague d’arrestations en pointant du doigt l’influence étrangère, annonçant notamment l’interpellation de 139 étrangers dans la province de Yazd, accusés d’avoir organisé les troubles.
Le pouvoir judiciaire iranien a prévenu par la voix de son chef, Gholamhossein Mohseni Ejeï, qu’il n’y aurait « aucune indulgence », certains inculpés risquant la peine capitale pour des chefs d’accusation allant de la « participation à des émeutes » au meurtre de membres des forces de sécurité.
Derrière les chiffres annoncés, les organisations de défense des droits humains dressent le tableau d’une terreur méthodique. Le Centre pour les droits humains en Iran (CHRI) parle d’une « explosion des arrestations » suivant les « massacres » du début janvier.
Selon ses recherches, les détentions ont lieu dans des « entrepôts secrets » et des « conteneurs », structures parallèles échappant au système pénitentiaire officiel. Des témoins, notamment dans les régions kurdes et à Khorramabad, décrivent des arrestations nocturnes violentes, maison par maison, n’épargnant même pas les enfants et les blessés.
La traque s’étend même aux hôpitaux, où des manifestants nécessitant des soins vitaux ont été appréhendés. Amnesty International alerte sur des perquisitions où les suspects sont contraints de se déshabiller pour y rechercher des impacts de billes de plomb, preuves de leur participation aux manifestations.
Les conditions de détention, qualifiées de « torture » par les mêmes ONG, suscitent une inquiétude extrême. Près de 150 étudiantes à Chiraz seraient entassées dans une cellule prévue pour 30 personnes, sans eau potable ni sanitaires.
Le refus systématique d’accès à un avocat indépendant et aux familles ouvre la porte aux aveux forcés, diffusés à la télévision, et aux condamnations expéditives. En écrasant toute voix dissidente, cette machine répressive tente d’étouffer dans l’œuf une société civile dont la résilience continue de défier le régime des Mollahs iraniens.

