La police norvégienne a annoncé, jeudi 5 février, l’ouverture d’une enquête visant l’ancien Premier ministre travailliste Thorbjorn Jagland pour des soupçons de « corruption aggravée », en lien avec ses relations passées avec le financier américain Jeffrey Epstein, condamné pour crimes sexuels et mort en détention en 2019.
Dans un communiqué, l’Autorité nationale d’enquête et de poursuite des infractions économiques et environnementales (Økokrim) précise que la procédure concerne un ancien chef de gouvernement, ancien président du comité Nobel norvégien et ancien secrétaire général du Conseil de l’Europe. Thorbjorn Jagland a dirigé le gouvernement norvégien de 1996 à 1997, avant d’occuper des fonctions internationales de premier plan, notamment à la tête du comité Nobel de la paix entre 2009 et 2015, puis comme secrétaire général du Conseil de l’Europe jusqu’en 2019.
Selon le quotidien norvégien Verdens Gang, qui s’appuie sur des documents rendus publics par le ministère américain de la Justice, M. Jagland aurait sollicité une garantie financière auprès de Jeffrey Epstein pour l’achat d’un appartement. L’issue de cette demande n’est toutefois pas connue à ce stade, et les autorités norvégiennes n’ont pas précisé la nature exacte des faits examinés.
Les documents américains font également état de plusieurs séjours de Thorbjorn Jagland chez Jeffrey Epstein, notamment à New York en 2018, ainsi qu’à Paris en 2015 et en 2018. Par ailleurs, un voyage prévu en 2014 sur l’île privée du financier, auquel l’ancien Premier ministre devait participer avec sa famille, aurait finalement été annulé.
Face à ces révélations, le ministère norvégien des Affaires étrangères a indiqué qu’il allait saisir le Conseil de l’Europe afin de demander la levée de l’immunité dont M. Jagland bénéficie au titre de ses anciennes fonctions de secrétaire général. Cette démarche est jugée nécessaire pour permettre le bon déroulement de l’enquête.
L’affaire jette une ombre sur le parcours d’une figure majeure de la social-démocratie norvégienne et relance le débat sur les relations entretenues par certaines élites politiques internationales avec Jeffrey Epstein, dont le réseau continue de susciter des interrogations judiciaires et politiques à travers le monde.

