L’Assemblée nationale vénézuélienne a franchi une étape décisive jeudi 5 février en approuvant en première lecture une loi d’amnistie générale couvrant les 27 années de pouvoir chaviste. Promis par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, ce texte vise à libérer l’ensemble des prisonniers politiques et à abandonner les poursuites engagées contre eux, un peu plus d’un mois après la capture de l’ex-président Nicolas Maduro lors d’une opération américaine.
Adoptée à l’unanimité des forces politiques représentées, cette « loi d’amnistie pour la coexistence démocratique » a été saluée comme un moment fondateur. « Il s’agit d’une loi pour la paix et la réconciliation nationale », a déclaré Delcy Rodriguez, évoquant l’ouverture possible d’un nouveau cycle politique fondé sur le dialogue et la reconnaissance mutuelle. L’opposition partage cet espoir. « Nous pouvons entrer dans une spirale de respect, de tolérance et d’accords », a affirmé le député Tomas Guanipa.
Le texte, qui sera soumis à un second débat mardi en vue de son adoption définitive, concerne notamment des chefs d’accusation tels que « terrorisme », « trahison » ou « incitation à la haine », largement utilisés pour emprisonner des opposants. Il prévoit également la levée des inéligibilités politiques, ce qui pourrait bénéficier à plusieurs figures de l’opposition, dont Maria Corina Machado, empêchée de se présenter à l’élection présidentielle de 2024.
L’amnistie exclut toutefois les violations graves des droits humains, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, ainsi que les faits de corruption, de trafic de drogue ou d’homicide intentionnel. « Il ne s’agit ni de vengeance ni d’impunité », a insisté Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée nationale, appelant à un pardon réciproque.
Sur le terrain, les attentes restent fortes. Depuis janvier, environ 350 prisonniers politiques ont été libérés, selon l’ONG Foro Penal, mais près de 700 demeurent incarcérés. « La réconciliation ne doit ni devenir une persécution, ni un voile d’impunité », prévient son directeur Alfredo Romero, rappelant que la justice doit rester au cœur de toute transition durable.

