France-Justice : Une nouvelle enquête ouverte à Paris, après des menaces visant les juges ayant condamné Marine Le Pen

Une enquête a été ouverte à la suite de menaces adressées aux magistrats du tribunal correctionnel de Paris, qui ont prononcé une condamnation à l’encontre de Marine Le Pen, la rendant inéligible pour cinq ans avec application immédiate. 

Dirigée par le pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH), l’enquête vise « les propos répréhensibles proférés à l’encontre des magistrats ayant rendu collégialement la décision ». La brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP) a été chargée de l’instruction, comme l’a précisé Laure Beccuau, procureure de la République de Paris.

Elle a rappelé que « la liberté d’expression, y compris sur Internet, ne saurait justifier la mise en danger des personnes », mettant en avant les sanctions encourues en cas de divulgation d’informations personnelles de magistrats, de menaces de mort ou de cyberharcèlement. 

Selon elle, « dans une société démocratique, le débat judiciaire doit rester encadré par la procédure pénale », l’appel constituant « la seule voie légitime pour contester une décision de justice ».

Par ailleurs, une autre enquête, ouverte en début d’année, porte sur des menaces de mort émises sur le site d’extrême-droite «Riposte Laïque» à l’encontre des magistrats ayant instruit le procès du Rassemblement national (RN) dans l’affaire des assistants parlementaires européens.

Marine Le Pen a été condamnée lundi à quatre ans d’emprisonnement, dont deux avec aménagement sous bracelet électronique, à une amende de 100.000 euros, ainsi qu’à une inéligibilité de cinq ans, compromettant ainsi sa candidature à l’élection présidentielle de 2027.

Rémy Heitz, procureur général près la Cour de cassation, a qualifié ces attaques d’«inadmissibles », se disant « choqué » par la nécessité de placer sous protection, la présidente du tribunal ayant rendu la décision. Cette dernière bénéficie désormais de mesures de sécurité renforcées, incluant des patrouilles et des rondes régulières autour de son domicile.

Le premier président de la Cour de cassation, Christophe Soulard, a rappelé la gravité des menaces qui pèsent sur certains magistrats, soulignant que « la frontière entre menace verbale et agression physique est mince ».

Plusieurs syndicats de magistrats ont fermement condamné ces attaques. L’Union syndicale des magistrats (USM) a dénoncé des agissements « indignes d’un État démocratique », tandis que le Syndicat de la magistrature (SM) a rappelé que « l’égalité de tous devant la loi garantit l’État de droit ». 

Le Conseil national des barreaux, représentant 77 600 avocats, a insisté sur le fait que « les mises en cause personnelles et les menaces envers les magistrats constituent une atteinte grave à l’indépendance de la justice ».