La Cour constitutionnelle thaïlandaise destitue la Première ministre, Paetongtarn Shinawatra

La Cour constitutionnelle thaïlandaise a destitué ce vendredi 29 août, la Première ministre suspendue, Paetongtarn Shinawatra ainsi que son cabinet, estimant qu’elle avait manqué aux normes éthiques exigées d’un chef de gouvernement dans la gestion du conflit frontalier avec le Cambodge.

Les neuf juges, dont le verdict est tombé après plusieurs heures de délibération, ont reproché à Shinawatra un entretien téléphonique tenu en juin dernier, avec l’ancien Premier ministre cambodgien, Hun Sen. Cet appel, enregistré à son insu puis diffusé en ligne, aurait révélé une attitude jugée trop conciliante envers son homologue cambodgien. 

L’épisode s’était déroulé dans un climat de tension accrue entre les deux pays voisins, après la mort d’un soldat cambodgien lors d’un échange de tirs avec l’armée thaïlandaise dans une zone disputée.

La décision de la Cour intervient une semaine seulement après l’acquittement de son père, Thaksin Shinawatra, poursuivi pour lèse-majesté. Âgé de 76 ans, le milliardaire et ex-Premier ministre encourait jusqu’à 15 ans de prison. 

Paetongtarn devient ainsi la troisième membre de la famille Shinawatra contrainte de quitter le pouvoir, après son père et sa tante Yingluck, tous deux renversés par des coups d’État militaires. Son prédécesseur, Srettha Thavisin, avait lui aussi été destitué il y a un an, par la Cour constitutionnelle.

Sur le plan politique, la chute de Paetongtarn fragilise davantage la coalition menée par le Pheu Thai. Le départ des conservateurs du Bhumjaithai, sur fond de désaccords autour de sa gestion du différend frontalier, avait déjà mis en lumière la précarité de son gouvernement. L’été a été marqué par cinq jours d’affrontements armés ayant causé la mort de quarante personnes et le déplacement de plus de 300.000 civils.

L’avenir institutionnel reste incertain : seuls les candidats officiellement en lice lors des législatives de 2023 peuvent prétendre au poste de Premier ministre, or plusieurs d’entre eux sont déjà inéligibles. 

Le flou demeure sur la possibilité de convoquer de nouvelles élections législatives, le Premier ministre par intérim, Phumtham Wechayachai, n’ayant pas encore tranché sur ce point.